Il devient de plus en plus difficile de créer, d’entreprendre, ou de faire bouger les choses dans ce pays…
"Ceux qui me suivent un peu sur Twitter le
savent déjà : j’ai reçu un très gros coup de massue sur la tête ce
matin, quand un huissier est venu me remettre en main propre une
assignation en référé au Tribunal de Grande Instance de Paris
m’informant de la plainte d’un acteur français à mon encontre.
La
personne en question a saisi le Tribunal pour le motif d’atteinte à sa
vie privée, suite à la publication d’un lien dans Fuzz (et rien d’autre
qu’un lien, il n’y a même pas un extrait de l’article) renvoyant sur
une rumeur publiée dans un blog people.
Je précise que cette rumeur
a déjà fait 1000 fois le tour du monde, il me semble même l’avoir
entendue récemment à la télé comme une information qui n’avait rien
d’infamant.
Je vous passe les détails de l’ordonnance de 8 pages
envoyée par le cabinet d’avocats, mais je vous en livre quand même les
grandes lignes :
- même si il est clairement fait mention du
fait qu’il ne s’agit que d’un lien, tout l’argumentaire développé tend
à faire penser que je suis le rédacteur et le seul responsable de
l’article incriminé, or bien sûr il n’en n’est rien
- de la même
façon il est dit que la "société défenderesse (moi) n’hésite pas à
attiser la curiosité du public (…) et ce dans le seul objectif
d’accroître son chiffre d’affaire". Argument difficilement recevable vu
le chiffre d’affaire ridicule difficilement réalisé par Fuzz à l’aide
de quelques rares bannières et un peu d’Adsense.
Pour ce "grave
préjudice", à la suite duquel le plaignant est "particulièrement
choqué, blessé (…)" celui-ci me demande (vous êtes bien assis ?) :
- 30.000 Euros de dommages et intérêts- 4.500 Euros en application de l’article 700 du Nouveau Code de Procédure Civile (je ne sais pas ce que c’est) – le retrait immédiat de l’article litigieux sous astreinte de 5.000 Euros par jour de retard- les frais de justice
Soit au bas mot 35.000 Euros pour ma tronche.
Ca fait cher le lien dans Fuzz, mieux qu’un lien sponsorisé !
Le
jugement aura lieu le 19 mars prochain ce qui me laisse peu de temps
pour préparer ma défense, sans compter que je dois me déplacer à Paris
à mes frais…
J’ai eu l’avocat du plaignant au téléphone, un
gars plutôt sympathique et apparemment compréhensif qui connait bien la
problématique des flux RSS et des agrégateurs automatiques, et je lui
ai expliqué que m’assigner de la sorte revenait à écraser une puce avec
un marteau, tant il semblerait qu’ils se méprennent sur la popularité
et l’impact de Fuzz sur les foules, et de ma modeste personne.
D’ailleurs
l’article en question, pointant sur un blog bidon que j’avais déjà
banni de Fuzz, n’a jamais fait la une et a fini sa vie dans les
tréfonds des 30000 news déjà publiées. Fuzz étant de surcroît très mal
référencé dans les moteurs de recherche et pratiquement inexistant dans
Google, il a donc dû être vu tout au plus par quelques dizaines de
Fuzznautes.
Inutile que de vous dire que j’ai le moral dans les
chaussettes, que je n’arrive plus à me concentrer sur mon taff, et que
je suis un peu dégoûté par ces méthodes, qui à mon avis ne serviront
pas l’image du plaignant quand son identité sera révélée (car même si
cela n’est pas de mon fait, elle le sera forcément à l’issue du
jugement) : à aucun moment le plaignant ou son avocat ne m’ont
contacté pour se plaindre ou me demander de retirer le lien en
question, ce que j’aurais fait immédiatement bien sûr.
Si le jugement est rendu en l’espèce, il est clair que j’aurai beaucoup de mal à m’en relever financièrement..
Que
pensez-vous de tout cela ? Quelle attitude adopter ? Ecrire directement
au plaignant (et oui j’ai son adresse privée maintenant, il faut bien
trouver quelques avantages à toute mauvaise nouvelle
) en lui
expliquant la situation et en espérant que l’aspect humain des choses
l’emporte sur les procédures et la logique judiciaire ? Le pire étant
que j’apprécie (j’appréciais ?) cet acteur et qu’il me semblait déceler
dans cette personne autre chose qu’une seule attitude mercantil
Je
compte sur vous pour éviter tout commentaire excessif qui, vu la
situation et vous le comprendrez, serait immédiatement supprimé.
Je vous renvoie aussi à mon précédent article publié mardi dernier, un peu prémonitoire :Note2be.com et Lespipoles.com : le web 2.0 serait-il soluble dans les tribunaux ?
Petit espoir quand même sur un cas tout à fait comparable : Wikio obtient gain de cause face au réalisateur de "La môme", même si selon mes informations le jugement a été rendu sur la forme (vice de procédure) et pas sur le fond."